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Ouvertures de Questions Internationales



Le XXe siècle et les registres de la démesure

Questions internationales n° 52, Novembre - Décembre 2011

lundi 28 septembre 2015

« Le temps », écrivait Jean Cocteau, « est de l’éternité pliée ». Formule séduisante mais inexacte puisque l’éternité nie le temps et ne l’allonge ni ne le plie. Il n’en demeure pas moins qu’il existe des plis du temps, non pas tant ceux de la chronologie ou de la mesure du temps que ceux de l’historien ou simplement de ceux qui le vivent. Ces plis ajoutent une dimension qualitative, un sens de la période et du moment au parcours monocorde de la flèche du temps. C’est en quelque sorte une variante subjective, sociale, politique et intellectuelle de la relativité — la théorie scientifique qui domine le XXe siècle ­‐ que cette approche différentielle de phases, de moments et de rythmes, vécus aussi bien collectivement qu’individuellement — à l’instar d’un rythme musical, qui pour respecter la rigueur plate du métronome n’en construit pas moins un drame, avec son début, sa péripétie, sa conclusion.

En Occident, l’unité la plus répandue est le siècle. Cette manière de l’envisager, devenue universelle, est un signe de domination culturelle. Mais tel qu’on l’entend, le siècle ne correspond qu’approximativement à la mesure centennale. On parle ainsi du Siècle de Louis XIV, du Siècle d’Or en violentant largement la chronologie. En revanche, lorsque l’on évoque le XVIe, le XVIIe, le XVIIIe ou le XIXe siècle, des correspondances plus précises se proposent, et chaque siècle semble bien individualisable. Il déborde de la durée d’une vie humaine moyenne et regroupe grossièrement trois générations adultes, celles qui, là encore,... (Lire la suite)







Le Golfe, comble d’or noir aux mille tuiles

Questions Internationales n°46, novembre-décembre 2010

lundi 30 janvier 2012

Déjà, on ne sait comment le nommer : Golfe persique ? Golfe arabe ? Golfe arabo-persique ? Chacune de ces dénominations suscite objections et difficultés diplomatiques entre les riverains, difficultés qui se répercutent dans les instances internationales. Le Golfe, prudemment innomé mais avec une majuscule, est cependant aussitôt identifié. Il évoque des images variées et souvent agitées : la « mère de toutes les batailles » de Saddam Hussein lors du conflit du Koweit en 1991 qui déboucha sur la mer en flammes ; la ligne de front irako-iranien quelques années plus tôt ; le détroit d’Ormuz qui le sépare de l’Océan Indien, l’une des principales voies de passage de grands navires chargés de pétrole qui en fait une sorte d’oléoduc liquide avec goulot d’étranglement.

Viennent aussi du Golfe des images plus paisibles quoique non moins actives : les cités orgueilleuses et opulentes qui parsèment ses bords et remplacent par des gratte-ciels les tentes bédouines ou l’architecture ottomane d’antan ; les aéroports de desserte et de transit qui conduisent dans la région hommes d’affaires et aventuriers de tout poil, ou servent d’escale vers l’Asie, proche ou lointaine. Du sous-continent indien viennent en contrepoint nombre de travailleurs au statut diminué, qui fournissent une main d’œuvre abondante et tributaire de la prospérité pétrolière.

Tapis flottant, tapis roulant, tapis volant, ascenseurs qui montent vers le ciel, un mélange de Mille et une Nuits et d’Occident, à la jonction de plusieurs mondes, de plusieurs... (Lire la suite)







Union européenne : entre turbulences et somnolence

Questions Internationales n°45, septembre-octobre 2010

lundi 30 janvier 2012

L’Union européenne se porte mal. Le constat n’est pas original, ni à vrai dire récent. La mesure et l’appréciation de cette donnée ne peuvent être purement conjoncturelles. Il convient d’abord de situer le malaise actuel dans une histoire plus longue de la construction européenne, ensuite d’en observer les principales manifestations récentes, enfin d’en analyser les possibles origines, pour conclure avec les conditions d’un rebond, souhaitable à défaut d’être certain.

I. Des vicissitudes récurrentes

Depuis près d’une décennie, l’Union européenne a été confrontée à nombre de vicissitudes. Elles ne sont certes pas sans précédents, et les crises sont souvent apparues comme un moyen, en toute hypothèse une occasion pour sortir des difficultés par le haut, au minimum par une relance du processus de construction européenne. On se souvient de l’échec du plan Fouchet sur la coopération politique au début des années soixante, de la crise de la « chaise vide » sous le général de Gaulle, des divergences liées à l’adhésion du Royaume-Uni, puis de l’« euroscepticisme », des impasses de la Communauté dans les conflits liés au démantèlement de l’ex-Yougoslavie …

Mais leur répondaient ou les compensaient par exemple le compromis de Luxembourg, la création du SME, l’élection du Parlement européen au suffrage universel direct, le Marché unique, des élargissements consensuels, l’institution de l’Euro. La première de ces crises n’est-elle pas contemporaine de la naissance même du projet européen, avec le rejet par la France en 1954 du... (Lire la suite)







Sport et relations internationales

Questions Internationales n°44, juillet-août 2010

lundi 30 janvier 2012

Les exercices, activités et compétitions sportives sont trop diverses et trop riches pour être présentées en détail. Certains sports sont individuels, d’autres collectifs. Certains sont limités à une région, un pays, un continent, un espace culturel, d’autres quasi universels. Certains sont populaires, facilement et largement pratiqués, d’autres aristocratiques, marqueurs sociaux. Les Jeux Olympiques en présentent la galaxie la plus complète et la plus universelle, mais le sport ne se réduit pas aux disciplines qu’il consacre. Jadis, le sport était par définition activité de proximité, dans la mesure où on pouvait lui étendre la boutade de Napoléon : l’amour comme la guerre ne se font qu’au contact de l’adversaire. Aujourd’hui la distance ne le gêne pas, il se contemple du bout du monde, et à vrai dire il se contemple encore plus qu’il ne se pratique. Il est devenu phénomène international, composante des relations internationales, comme société transnationale d’un côté, comme forme de paix et de guerre entre les nations d’un autre.

I. Le sport, phénomène international

Le sport qui intéresse les relations internationales a peu à voir avec la gymnastique individuelle ou autres exercices hygiénistes recommandés depuis le XIXe siècle pour se garder en bonne santé, le corps souple et l’esprit alerte. Plus qu’une pratique privée, personnelle ou fondée sur les affinités de groupes restreints, il est devenu l’un des premiers spectacles mondiaux. Il a ainsi retrouvé les délices et poisons des grandes manifestations de la... (Lire la suite)







Gouvernance : le mot et la chose

Questions Internationales n°43, mai-juin 2010

lundi 30 janvier 2012

Le thème de la gouvernance est à la mode, depuis quelques décennies déjà. Le mot est fort ancien, il remonte au français du Moyen Age, puis s’était perdu avant de revenir d’Amérique du Nord. Sous ses nouveaux habits il a d’abord visé la recherche d’une gestion harmonieuse et optimale des entreprises industrielles et commerciales. Il a été ensuite émigré vers l’évaluation et l’amélioration des modes de gouvernement intérieur, spécialement en ce qui concerne les pays pauvres en quête d’assistance internationale. La « bonne gouvernance » devenait un critère pour l’attribution d’aides, instrument de leur conditionnalité et justification d’une intervention extérieure, étrangère ou internationale. Dans son avatar le plus récent, « global governance », le terme vise désormais la régulation efficace et collective des problèmes universels, la gestion des « bien publics mondiaux », en d’autres termes la régulation de la mondialisation.

Leitmotiv des ONG, vocabulaire des experts, la gouvernance relève d’une rhétorique qui aime à baptiser de formules apparemment novatrices des problématiques fort anciennes. Robuste, soutenable, pérenne, oxymore, paradigme, résilience : ces mots séduisent volontiers la plume des chercheurs, voire remplissent la bouche de politiques avides de modernité. Ils semblent renouveler la pensée, alors qu’en réalité ils ne sont qu’une traduction et une transposition de l’anglais, d’un anglais qui s’était nourri de termes eux-mêmes issus du français ou du latin. Ces oncles d’Amérique sont moins riches de sens... (Lire la suite)







L’art au prisme de la mondialisation

Questions Internationales n°42, mars-avril 2010

lundi 30 janvier 2012

L’art constitue l’une des plus hautes activités humaines. Elle est en même temps l’une des plus anciennes, pratiquée dans toutes les civilisations, même avant la civilisation, et toujours à quelques égards proche du sacré – mais aussi de l’érotisme et de la transgression. Thackeray ne voyait-il pas dans l’assassinat l’un des beaux arts ? Elle est en outre l’une de celles qui comporte la plus grande diversité : arts de la matière ou de l’immobilité, arts plastiques, architecture, céramique, peinture, sculpture ; arts du corps ou de la mobilité, danse, pantomime, art dramatique ; arts de l’esprit ou de la jouissance intellectuelle, musique, poésie, littérature, cinéma ... Ces différentes catégories peuvent se combiner, comme dans l’opéra, peut-être le plus complet. La noblesse de l’art, qui sublime l’énergie créatrice dans la paix - et l’art est essentiellement une activité pacifique - a été très tôt reconnue et consacrée. Les vestiges survivants des sociétés disparues en portent partout témoignage.

L’art comme histoire et comme échange

Platon leur a conféré la dignité philosophique avec les Muses, médiatrices entre l’esprit et l’artiste – mais les célèbres neuf muses, si elles ont nommé les musées, ne sont pas toutes vouées à l’art au sens contemporain du terme. Et d’ailleurs, ce sens, quel est-il ? Il repose sur une attitude plutôt que sur un ou des objets déterminés. Il en résulte une histoire de l’art, qui se nourrit autant de ruptures que d’héritages, qui procède des évolutions et des révolutions des sensibilités et des... (Lire la suite)







Les bords mystérieux de l’Occident

Questions Internationales n°41, janvier-février 2010

dimanche 29 janvier 2012

L’Occident est de retour. Mais lequel ? On peut en effet le comprendre de multiples manières, ce qui est peut-être l’une des raisons de son utilisation politique. Réalité culturelle, politique, expression géographique, mythe ou concept, ses connotations permettent d’en faire un usage aussi abondant qu’ambigu. Est-ce celui de José Maria de Heredia, celui des Conquistadors qui s’élancent « comme un vol de gerfauts hors du charnier natal… », dont traders et autres prédateurs sont une variante contemporaine, allant capter « le fabuleux métal », remplis « d’un rêve héroïque et brutal » sous « l’azur phosphorescent de la mer des Tropiques » ? Est-ce celui, quelques siècles ou quelques décennies plus tard, du Claude Lévi-Strauss de Tristes Tropiques et de son imprécation : « Ce que d’abord vous nous montrez, voyages, c’est notre ordure lancée au visage de l’humanité » ? Au fond, le poète et l’ethnologue disent la même chose, sur le ton de la conquête d’abord, de la culpabilité ensuite. En quelques phrases, ils ont résumé le destin de l’Occident et ses dimensions fondamentales : ses métamorphoses, ses contacts contradictoires avec le monde extérieur, son aspiration à l’universalité.

1. L’Occident et ses métamorphoses

Ses métamorphoses mais par leur oubli, puisque l’Occident se compose d’une multitude de strates accumulées. Elles correspondent à sa longue histoire et demeurent vives dans sa mémoire, comme ces ruines empilées des villes antiques qui racontent à reculons leurs destructions successives. L’Antiquité déjà connaissait... (Lire la suite)







Crimes sans châtiment

Questions Internationales n°40, novembre-décembre 2009

mercredi 20 octobre 2010

La criminalité organisée a été l’un des grands thèmes du film noir du XXe siècle. De style Shakespeare ou Feydeau, de Francis Ford Coppola à Michel Audiard, le malfaiteur parcourt tous les registres de la dramaturgie. Gangsters fous, tueurs sadiques, mégalomanes cruels, aventuriers froids et calculateurs, romantisme du voyou voué à l’autodestruction, policier maudit, intègre et mélancolique en quête de rédemption, demi-sel ou malchanceux de comédie, ses héros ambigus ne manquent pas. La figure du mafieux à la destinée fatale n’a guère de rivale que celle du serial killer, autre sujet de frisson morbide, de fascination transgressive pour les âmes tranquilles – charme du voleur, beauté de l’assassin. Ces figures succèdent à leurs ancêtres littéraires, Vautrin ou Lupin. Elles ont aussi une expression politique plus réelle, avec Mandrin ou la bande à Bonnot. La criminalité organisée contemporaine, comme sans doute celle qui la précédait, ne cultive cependant pas ces spectaculaires figures de proue. Elle cherche surtout à se cacher, à dissimuler ses activités, voire à leur donner une apparence de légalité qui les mette à l’abri des investigations et des poursuites. Car la notion même de criminalité est relative, puisqu’elle dépend des définitions du droit pénal positif, et que celui-ci diffère selon les États, même si grosso modo ils prohibent les mêmes comportements. Violation consciente, délibérée, collective et durable de la loi, ou encore détournement frauduleux de la loi, telle pourrait être sa définition. La... (Lire la suite)







Héritage lourd, transition douce, rupture forte

Questions Internationales n°39, septembre-octobre 2009

mercredi 20 octobre 2010

L’élection de Barack Obama a enthousiasmé l’Amérique et le monde sans les surprendre. Aussi improbable qu’elle ait semblé un an plus tôt, le charisme du candidat, son habileté, sa compétence, son autorité et sa sérénité ont permis avant même le scrutin à cet homo novus de redonner vie au rêve américain, d’entrevoir une sortie par le haut des années d’une présidence George W. Bush largement discréditée. Cela ne ressemblait apparemment pas à l’Amérique, celle de la crispation sécuritaire et de la réponse guerrière aux défis de l’après 11 Septembre, qui ne voulait voir à l’extérieur que des vassaux ou des ennemis, à l’intérieur qu’une société civile dominée par un marché sans entraves, corsetée par un moralisme étroit, volontiers agressif, et segmentée par des discriminations rampantes. Cela ressemble pourtant à l’Amérique, l’ascension inattendue et fulgurante d’un homme au départ presque inconnu, qui a incarné sa capacité de ressourcement, d’intégration, comme sa rapidité à tirer les conséquences d’un échec pour explorer d’autres voies. Noir ou métis comme on voudra, n’appartenant à aucun groupe ethnique constitué, simplement Américain, il a su forger une coalition électorale nouvelle, bénéficiant notamment de soixante millions d’Américains de plus depuis vingt ans, rompant aussi bien avec l’appareil et les caciques démocrates qu’avec une Amérique de méfiance et de repli. Mais, au-delà d’une transition paisible assurée avec élégance de part et d’autre, les défis sont redoutables et les difficultés commencent. Conflits extérieurs dans... (Lire la suite)







La fièvre monte à Copenhague

Questions Internationales n°38, Juillet-Août 2009

mercredi 20 octobre 2010

Les questions liées au climat constituent depuis quelques années une préoccupation croissante dans le monde. Limitées au départ à quelques milieux scientifiques et à quelques ONG militantes, elles ont acquis une priorité spectaculaire dans l’ordre du jour des sociétés internes et de la société internationale. La prochaine conférence de Copenhague en sera une nouvelle manifestation. Sociétés civiles internes d’abord, institutions publiques internationales ensuite, les deux se sont épaulées pour promouvoir ce qui apparaît avant tout comme un thème d’inquiétude. C’est en effet la crainte que répand le discours public en la matière, comme si ce tournant du siècle était caractérisé par une culture de la culpabilité et de la peur.

La substance de ce qui est devenu une pensée dominante, qui est aussi une pensée officielle, repose sur l’articulation de trois propositions. Premièrement, le climat – qu’il ne faut pas confondre avec le temps, mobile, conjoncturel, alors que le climat correspond à de longues régularités et périodes statistiquement mesurables – est en cours de modification rapide, et cette modification tend à une élévation générale et accélérée des températures. Deuxièmement, cette évolution est due pour une part importante à l’activité humaine, spécialement aux rejets de gaz à effet de serre qui proviennent de l’économie industrielle et des combustibles fossiles. Troisièmement, pour maîtriser et ralentir ces changements dangereux, il est indispensable de réduire significativement les rejets dans l’atmosphère des gaz... (Lire la suite)







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